Peuples visibles

Revue de presse consacrée à l'actualité autochtone. Par Dominique Charron.

Idle No More et revendications autochtones: un guide à l’usage des non-autochtones

Depuis plus d’un an, je baigne dans un milieu autochtone pour mon travail et mes études. Au fil des mois, j’ai fait la triste constatation que beaucoup de non-autochtones, même sans mauvaises intentions, savent bien peu de choses sur les Premières Nations. Avec le mouvement #IdleNoMore qui prend de l’ampleur et la grève de la faim de Theresa Spence, je me suis dit qu’un petit guide pourrait être utile à ceux qui sont sensibles à la cause mais qui n’y connaissent que peu de choses.

Mais comment résumer l’histoire plusieurs fois millénaires de dizaines et de dizaines de nations autochtones du Canada, ayant chacune leur culture, leur langue et leurs revendications propres? Je n’essaierai pas. Je vous dresse plutôt une petite liste de faits marquants dans les relations entre Canadiens et Premières Nations qui ont encore leur pertinence dans les revendications actuelles.

Cette liste n’a rien d’exhaustif, mais elle pourra servir de point de départ à ceux qui ont envie d’en savoir plus. Tous commentaires critiques ou suggestions d’informations et de sources complémentaires seront les bienvenus.


La Proclamation royale de 1763

Un document incontournable pour comprendre les relations entre autochtones et Européens. La Proclamation royale de 1763 jette les bases des droits autochtones reconnus par la Couronne britannique, en particulier en ce qui a trait à la reconnaissance des droits fonciers autochtones sur les terres ancestrales. On l’a même surnommée “La Charte des droits des autochtones”.

À lire
L’article de l’Encyclopédie canadienne sur le sujet

Le compte-rendu de l’archiviste du gouvernement du Canada

À écouter
Un extrait de l’émission J’ai souvenir encore de Radio-Canada

À visionner
Le film La conquête de l’Amérique I d’Arthur Lamothe, où l’anthropologue Rémi Savard explique les tenants et aboutissants de la Proclamation royale. À partir de 20:45.

Vous y verrez entre autres un wampum (brodage de perles) orné de deux lignes parallèles. Considéré comme un traité par les autochtones, ce wampum symbolise l’accord d’une relation respectueuse de nation à nation, de deux peuples acceptant de vivre côte-à-côte.


La loi sur les Indiens et le statut d’Indien

Le XIXe siècle marque un changement d’attitude des Anglais/Canadiens à l’égard des autochtones. Avec la fin du commerce des fourrures et des alliances de guerre, la présence des Premières Nations devient “un problème”, auquel on réfère comme le “problème indien”. En 1867, la Confédération canadienne est adoptée sans consultation des peuples autochtones. Le partage des compétences négocié alors stipule plutôt que le gouvernement fédéral hérite des “affaires indiennes”. Le fédéral obtient ainsi le droit de légiférer sur les peuples autochtones, les réduisant du même coup à des citoyens mineurs, sous la tutelle de l’État. Ce statut sera renforcé en 1876 avec l’adoption de la Loi sur les Indiens.

Fortement modifiée en 1951 puis en 1985, pour l’adapter à la Charte canadienne des droits et libertés, la loi vise au départ l’assimilation des peuples autochtones du Canada, en règlementant les conditions à respecter pour être reconnu comme Indien et celles mettant fin à ce statut aux yeux de la loi. Dans sa brochure de vulgarisation Mythes et réalités sur les peuples autochtones, Pierre Lepage résume ainsi la position dans laquelle se trouvent les autochtones suite à l’adoption de la loi: “En fait, les seuls choix réservés aux Indiens ont toujours été les suivants : la tutelle permanente ou l’assimilation.”

À lire
Les chapitres 3 et 4 de la brochure Mythes et réalités sur les peuples autochtones de Pierre Lepage (La brochure en entier est disponible en ligne.)

L’article de l’Encyclopédie canadienne sur la Loi sur les Indiens

La Loi sur les Indiens de 1985, actuellement en vigueur.

La section du site web du gouvernement canadien sur le statut d’Indien

Un article de Faits et causes sur l’article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982 sur les droits ancestraux et issus de traités des peuples autochtones

À écouter

L’épisode 2 de la série documentaire 8e feu: Le moment de vérité

À suivre
Le compte Twitter @Act_Indian qui relate l’évolution historique de la Loi sur les Indiens.


Traités et réserves

Tel que confirmé par la Proclamation royale, les ententes entre le gouvernement du Canada et les autochtones quant au territoire prennent la forme de traités. Par exemple, de la fin du XIXe siècle au début du XXe siècle, plusieurs traités ont été signés de l’Ontario à la Colombie-Britannique. Désignés par des numéros, on les appelle régulièrement à juste titre les “traités à numéro”.

On retrouve dans ces traités les termes des ententes entre les communautés autochtones et la Couronne britannique où les autochtones acceptent de céder l’utilisation de leurs terres au gouvernement et de s’établir dans une réserve (terre réservée aux autochtones), en échange d’un soutien financier, de services d’éducation et de santé, etc. Il existe toutefois de nombreux endroits (plusieurs au Québec) où des traités n’ont jamais été signés et où les terres ancestrales n’ont jamais été officiellement cédées. C’est le cas, par exemple, des Innus sur la Côte-Nord.

À écouter
L’épisode 3 de la série documentaire 8e feu: À qui le territoire?

À lire
Le résumé des traités conclus avec les Autochtones au Canada sur le site du gouvernement du Canada

Une liste des traités et revendications autochtones sur le site du gouvernement du Canada

"L’affirmation des droits territoriaux des Innus" de Jean-Paul Lacasse dans la Revue générale de droit (PDF).

L’article de l’Encyclopédie canadienne sur les réserves indiennes


Les pensionnats indiens, les excuses officielles, la Commission de vérité et réconciliation du Canada

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, toujours avec l’intention de “résoudre le problème indien”, un système d’école obligatoire pour les enfants autochtones fut mis en place par le gouvernement du Canada. Les enfants étaient forcés de quitter leurs familles (une dizaine d’heures par jour ou une dizaine de mois consécutifs, selon l’école) pour baigner dans un environnement chrétien et “canadien”. On leur interdisait d’y parler leur langue maternelle, de pratiquer leur spiritualité ou de manifester quoi que ce soit en lien avec leur propre culture, le tout dans un but d’assimilation complète. On voulait “tuer l’Indien en eux”. En plus du déchirement des familles et du traumatisme culturel, plusieurs cas d’abus de toutes sortes ont été rapportés par les survivants de ces pensionnats. La dernière de ces écoles résidentielles a fermé ses portes en… 1996.

En 2007, le gouvernement fédéral a mis sur pied la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens, qui comprend cinq mesures de règlement auprès des victimes, dont une compensation financière et la mise sur pied de la Commission de vérité et de réconciliation.

En 2008, le premier ministre Stephen Harper a présenté des excuses officielles aux victimes de ces pensionnats.

À lire

Un résumé de l’histoire des pensionnats indiens sur le site de la CBC

Le site web de la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens

Le site web de la Commission de vérité et de réconciliation

Le texte des excuses officielles offertes par Stephen Harper

À écouter

Les excuses officielles telles que prononcées à la Chambre des communes par Stephen Harper

Le dossier d’archives de Radio-Canada sur les pensionnats indiens

La chaîne Youtube de la Commission de vérité et de réconciliation où vous entendrez de nombreux témoignages de victimes des pensionnats

La chaîne Viméo de la Commission de vérité et de réconciliation où vous pourrez écouter certaines des audiences tenues à travers le Canada


La Commission royale d’enquête sur les peuples autochtones

Suite à la crise d’Oka de 1990, le gouvernement du Canada met sur pied une Commission d’enquête pour étudier l’histoire et l’état des relations avec les peuples autochtones. En 1996, la Commission publie son rapport dans lequel elle précise non seulement les sources des problèmes, mais dresse une liste de recommandations applicables pour corriger les relations entre le Canada et les autochtones.

À lire

Le rapport de la Commission royale d’enquête sur les peuples autochtones

L’article de l’Encyclopédie canadienne sur le sujet

Un billet de blogue de Chelsea Vowel, qui en rappelle l’importance

Un pamphlet qui résume l’essentiel des recommandations de la Commission

À visionner

Le film Kanehsatake, 270 ans de résistance d’Alanis O’bomsawin, pour vivre la crise d’Oka du point de vue Mohawk

À suivre

@Taiaiake, qui a agi comme conseiller lors de la Commission et qui a rédigé le pamphlet suggéré plus haut


La Déclaration sur les droits des peuples autochtones de l’ONU

Cette déclaration fut ratifiée par 143 pays en 2007, mais le Canada (tout comme les États-Unis, l’Australie et la Nouvelle-Zélande à l’époque) refusa de la ratifier. Il revint toutefois sur sa décision et la ratifia en 2010.

À lire
Le texte de la Déclaration sur les droits des peuples autochtones

Le site de l’Instance permanente sur les questions autochtones de l’ONU

Un article du Devoir annonçant la signature récente du Canada

L’énoncé du Canada appuyant la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones


Alors tout ça, ce n’est qu’une histoire de lois et de traités?

Que non! Il y a le besoin, fondamentalement humain, d’être reconnu, écouté, compris, respecté. Le désir de faire vivre sa culture au-delà des tentatives d’assimilation. L’envie de faire disparaître toutes traces d’une relation colonialiste (encore présente dans les institutions canadiennes) pour établir une véritable relation de nation à nation…

Mais comme je ne suis pas autochtone moi-même, je préfère laisser les premiers concernés vous en parler:


Pamela Palmater
  (@Pam_Palmater)
Site web: http://www.indigenousnationhood.com/
Sa présentation, en quatre parties, lors du premier événement Idle No More:

1. http://youtu.be/STatNSjcrvo

2. http://youtu.be/uBt8yqth1n0

3. http://youtu.be/s4ku8vVELYs

4. http://youtu.be/okLmloA70zk

Son texte Why we are Idle No More


Chelsea Vowel
(@apihtawikosisan)

Son blogue, incontournable: http://apihtawikosisan.com/


Ryan McMahon (@RMComedy)

Son entrevue à la radio de Yellowknife: https://soundcloud.com/rmcomedy/what-is-idle-no-more


Leo Baskatawang
(@march_4_justice)

À l’été 2012, cet étudiant de l’Université du Manitoba a marché de Vancouver à Ottawa, enchaîné à la Loi sur les Indiens.

Sa page Facebook


Hayden King (@Hayden_King)
L’homme derrière le compte Twitter @Act_Indian.